Sorti en 2019 sous le titre Steins;Gate Elite, puis relancé en 2026 avec ce Steins;Gate Re :Boot, le roman visuel culte de Mages ne cesse de se réinventer. Pourtant, aucune version n’avait vraiment réussi à me convaincre de m’y plonger. C’est cette nouvelle itération qui a finalement changé la donne. Et franchement, je regrette d’avoir attendu aussi longtemps.
Une narration qui passe du rire à la noirceur sans jamais trébucher
Le cœur du jeu, c’est Rintaro Okabe, étudiant excentrique installé dans un petit appartement d’Akihabara qu’il appelle fièrement le « Future Gadget Laboratory. » Sous son alter ego de « savant fou » Kyouma Hououin, il conçoit des inventions bricolées à partir d’objets du quotidien, avec une efficacité douteuse. Il est entouré de Mayuri Shiina, son amie d’enfance guillerette obsédée par le cosplay, et d’Itaru Hashida, dit Daru, otaku expert en informatique et en piratage.
Tout démarre quand Okabe assiste à une conférence sur le voyage temporel et découvre le corps ensanglanté de Kurisu Makise, scientifique prodige. Il envoie un SMS à Daru, ce qui déclenche un étrange phénomène modifiant la réalité autour de lui. Peu après, Kurisu réapparaît, bien vivante, pour donner sa propre conférence… dans laquelle elle explique que le voyage dans le temps est une absurdité. Ce paradoxe initial pose les bases d’une histoire construite avec une précision remarquable.
La première moitié du jeu mise sur la comédie. Le syndrome du « Chuunibyou » d’Okabe, cette orientation adolescente à se croire héros d’un manga shonen, génère des situations franchement drôles : il se vante d’un QI de 170, met en garde contre une mystérieuse « Organisation » ennemie, et personne ne le prend au sérieux. C’est rare qu’un jeu vidéo provoque un vrai rire, mais Steins;Gate Re :Boot y parvient plusieurs fois.
La seconde moitié bascule dans l’obscurité totale. Ce virage à 180 degrés aurait pu sembler forcé, mais le récit le gère avec une maîtrise étonnante. On ne ressent jamais de rupture de ton. Les théories scientifiques sur les paradoxes temporels sont exposées de façon accessible sans jamais être simplifiées, et le jeu vous pousse à réfléchir aux dilemmes moraux qui surgissent quand on rejoue le passé.
Gameplay, graphismes et bande-son : le détail qui change tout
Inutile de mentir sur la formule : c’est un roman visuel pur. On clique pour avancer. Il existe une option d’avance automatique et une fonction de saut rapide, ce qui est bienvenu. Mais l’exécution technique laisse à désirer sur certains points. La vitesse du texte oscille entre « trop rapide pour être lisible » et « à peine supportable. » Les messages téléphoniques en mode auto défilent si vite qu’il faut les relire manuellement à chaque fois. C’est un défaut récurrent dans ce genre de titres, et Re :Boot ne fait pas exception.
La fonction de saut mérite aussi d’être repensée. Elle permet de passer les scènes déjà vues, mais oblige quand même à les visionner en accéléré plutôt qu’à les ignorer instantanément. Pour un jeu à fins multiples, c’est une vraie friction lors des parties successives. Voici ce que le jeu gère bien et moins bien sur ce plan :
- Choix de répondre ou non aux appels et SMS : bien intégré
- Sélection des réponses influençant la fin obtenue : pertinent et efficace
- Vitesse du texte en mode automatique : trop rapide, mal calibrée
- Saut instantané entre moments clés : absent, regrettable
Les nouveaux designs de personnages, signés par le créateur original Huke, ont divisé la communauté. Personnellement, je les trouve parfaitement adaptés au ton du récit. Le visage ouvert de Mayuri traduit sa naïveté naturelle. La nouvelle apparence de Moeka Kiryu, journaliste technophile, laisse deviner de façon subtile mais précise la place qu’elle occupe dans l’intrigue. Le système E-mote anime les personnages en 2D avec une fluidité qui donne vie aux émotions sans recourir à la 3D.
Côté son, la bande originale remaniée conserve l’essentiel de ce qui faisait la force de l’original. Le compositeur Takeshi Abo, habitué des productions de Mages, ouvre le jeu avec Skyclad Observer, morceau piano/électro porté par la voix de Kanako Ito. La note finale suspendue par Ito vous propulse directement dans la première scène du jeu, Mayuri vous regardant droit dans les yeux. C’est une introduction saisissante. Les doubleurs japonais originaux reprennent leurs rôles, dont Mamoru Miyano en Okabe, capable de passer de la bouffonnerie la plus totale à une douleur profondément humaine.
| Critère | Appréciation | Note /10 |
|---|---|---|
| Narration | remarquable, équilibre comédie/tragédie | 10 |
| Graphismes | Redesigns discutables mais cohérents, E-mote efficace | 8 |
| Bande-son | Remarquable, fidèle à l’original | 9 |
| Gameplay | Limité par le genre, ergonomie perfectible | 6 |
| Doublage | Parmi les meilleurs du genre | 10 |
À qui s’adresse vraiment ce remake et vaut-il le détour ?
Steins;Gate Re :Boot traite aussi avec soin le personnage de Luka Urushibara, garçon à apparence féminine aspirant à être une fille. Sans prétendre donner une analyse définitive sur ce que représente ce personnage pour les lecteurs trans ou queer, on peut noter qu’Okabe le traite avec respect et affection constants, sans jamais encourager la moquerie. C’est notable pour un jeu de cette envergure.
Si vous appréciez les romans visuels avec une narration riche et des personnages fouillés, ce titre est fait pour vous. Chaque fin est satisfaisante et mérite d’être découverte. Pour les novices du genre, les mécaniques simples abaissent la barrière d’entrée. Pour les habitués de la saga, les nouvelles animations et le doublage intégral justifient pleinement de s’y replonger. Note finale : 9/10.
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