En 1993, Cyan Worlds lançait Myst avec une promesse audacieuse : « L’aventure surréaliste qui deviendra votre monde. » Trente ans plus tard, cette version PS5 propulsée par Unreal Engine, initialement sortie sur PC en 2021, tient-elle encore cette promesse ? Spoiler : oui, et plutôt brillamment.
Une narration cryptique qui happe dès les premières minutes
Poser le pied sur l’île de Myst pour la première fois reste une expérience déroutante. Aucun tutoriel ne vous accueille, aucun PNJ ne vous guide. Vous êtes seul face à un environnement silencieux, énigmatique, qui attend que vous le déchiffriez.
La situation se précise rapidement dans la bibliothèque centrale, où deux livres, l’un rouge, l’autre bleu, renferment chacun un frère emprisonné. Sirrus et Achenar vous supplient tous deux de rassembler leurs pages respectives, chacun accusant l’autre des pires crimes. Leur père, Atrus, architecte de l’île et créateur de livres magiques capables de téléporter vers des mondes parallèles appelés « Ages », a laissé un message holographique qui complique encore la donne. À vous de démêler le vrai du faux, sans que le jeu ne vous prenne par la main à aucun moment.
Ce dispositif narratif est malin parce qu’il force l’observation active. La bibliothèque regorge de diagrammes, de chiffres et d’indices dissimulés qui trouvent leur sens bien plus tard. J’ai personnellement sorti un carnet papier et pris des photos de mon écran avec mon téléphone, exactement comme je l’avais fait avec Blue Prince. Cette mécanique d’appropriation physique des indices reste, trente ans après, l’une des expériences de puzzle les plus engageantes du genre.
Des puzzles qui résistent au temps, un level design impeccable
Myst ne vous oppose ni inventaire, ni ennemis, ni barre de vie. L’interaction se limite à l’environnement lui-même : leviers, interrupteurs, ascenseurs, plateformes rotatives… Chaque composant du décor est potentiellement une pièce du puzzle. Cette cohérence de conception reste impressionnante.
La variété des énigmes constitue l’un des points forts du jeu. Voici ce qui les distingue des puzzle-games contemporains :
- L’observation environnementale prime sur la logique pure.
- Le son intervient activement dans plusieurs énigmes, une approche encore rare aujourd’hui.
- Les moments de révélation (« aha ! ») surgissent de manière organique, sans indice visuel clignotant.
- La progression entre l’île centrale et les Ages crée une cohérence narrative et mécanique.
Cela dit, tous les Ages ne se valent pas. Channelwood Age, le monde de cabanes suspendues dans un marais, est nettement plus court et basique que les autres. Dans l’original, naviguer sans liberté de mouvement obligeait les joueurs à cartographier mentalement les lieux, ce qui ajoutait une difficulté intrinsèque. Ici, la 3D temps réel et la distance de vue généreuse effacent cette contrainte. Un puzzle de labyrinthe en sous-marin/wagonnet dure lui aussi beaucoup trop longtemps. C’est le seul moment où j’ai trouvé le jeu franchement daté.
La durée de vie tourne autour de cinq à six heures pour une première partie sans aide. Court, oui, mais dense. L’île principale, malgré sa taille modeste, applique parfaitement le principe « petit par la surface, infini par la profondeur ».
Visuels, ambiance sonore et contenu : le bilan technique
La version Unreal Engine surpasse visuellement realMyst : Masterpiece Edition (2014), plus colorée mais moins convaincante dans ses rendus. Ici, l’éclairage dynamique, les vagues animées et la végétation créent une immersion réelle. Ironiquement, cette version « non réelle » semble plus authentique que celle portant le préfixe « real ».
| Version | Moteur | Rendu visuel | Disponible PS5 |
|---|---|---|---|
| Myst original (1993) | Images fixes | Renders pré-calculés | Non |
| realMyst : Masterpiece Edition (2014) | Unity | Coloré, moins réaliste | Non |
| Myst (2021/2025) | Unreal Engine | Réaliste, éclairage dynamique | Oui |
La bande originale, composée par Robyn Miller, reste inchangée depuis l’original, simplement remasterisée. Les compositions ont quelque chose d’artisanal, presque naïf, qui colle parfaitement à l’esthétique hybride magie/science de l’univers. La musique n’intervient qu’aux moments clés, ce qui amplifie considérablement son impact émotionnel. On retrouve cette même philosophie dans des titres comme Return of the Obra Dinn ou What Remains of Edith Finch, clairement influencés par cette approche.
La mise à jour 2025 a aussi restauré le monde Rime, absent depuis sa première apparition dans realMyst en 2000. Ses puzzles figurent parmi les meilleurs de l’ensemble du jeu. Les modèles CG des personnages, jugés trop laids lors de la sortie initiale, peuvent désormais être remplacés par les FMVs en prises de vues réelles du jeu original. Pour les habitués, un mode Randomizer mélange codes et mélodies pour éliminer tout raccourci mémoriel.
À qui recommander ce Myst Review, et pour quel profil de joueur ?
Myst n’est pas un jeu pour tout le monde, et c’est précisément ce qui le rend précieux. Si vous cherchez de l’action, de la progression rapide ou des systèmes de récompense fréquents, passez votre chemin sans regret.
En revanche, si The Witness, Blue Prince ou les grandes aventures pointer-cliquer comme The Secret of Monkey Island font partie de vos références, cette version PS5 de Myst vous absorbera complètement. Le rythme délibérément lent n’est pas un défaut de conception, c’est le produit. Le jeu vous demande de ralentir, d’observer, de connecter des informations éparpillées, et la satisfaction quand tout s’emboîte est difficile à égaler.
Ma note finale : 8,5/10. Quelques puzzles inégaux et des contrôles parfois inconsistants ne suffisent pas à ternir l’essentiel. Myst prouve qu’un game design intentionnel et épuré vieillit bien mieux que la plupart des blockbusters contemporains. C’est le genre d’expérience à vivre une fois dans sa vie de joueur, idéalement sans spoilers, carnet en main, le week-end.
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