Femme en costume bordeaux réfléchit à son bureau dans une bibliothèque

Avis Elliot : The Millennium Tales – critique complète

The Adventures of Elliot : The Millennium Tales débarque dans un créneau bien défini : celui des jeux qui s’inspirent directement du style HD-2D popularisé par Octopath Traveler en 2018, cette fusion entre pixel art et décors 3D que Square Enix a rendue célèbre. Mais là où ses prédécesseurs restaient fidèles au combat au tour par tour, ce titre prend un virage radical vers l’action en temps réel, proche des mécaniques de la série Zelda. Le résultat mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Une direction artistique qui coupe le souffle dès les premières minutes

Difficile de ne pas rester bouche bée lors de la première heure de jeu. Team Asano, le studio derrière ces prouesses visuelles chez Square Enix, confirme ici une maîtrise absolue du style HD-2D. Les sprites rivalise avec ce que l’ère 16 bits a produit de plus expressif. Le personnage d’Elliot, avec sa cape écarlate et son chapeau à large bord, a quelque chose du mousquetaire qui charme immédiatement. Sa façon de soulever son chapeau lors des conversations apporte une ponctuation visuelle délicieuse.

Les portraits en pied des personnages renforcent cette impression. Elliot dégage une prestance naturelle, tandis qu’Heuria, la princesse condamnée à rester dans les murs du royaume pour maintenir un sortilège de protection, rayonne d’une innocence touchante. Ces illustrations évoquent, franchement, l’esthétique des films du Studio Ghibli des années 90 : même chaleur, même mélancolie douce. Ce n’est pas un hasard si l’on ressent une forte nostalgie devant ces décors.

Les arrière-plans poussent le concept encore plus loin. Une scène précoce montre la caméra glissant le long d’un cours d’eau filmé à hauteur d’œil, avec un rendu de l’eau d’une précision presque hypnotique. Ce soin apporté aux éléments de fond élève l’ensemble du travail sur les sprites à un niveau peu commun pour un jeu indépendant de cette envergure.

Un gameplay entre Zelda et Ys : action frénétique et compagnon à gérer

Le système de combat tire clairement vers Zelda tout en empruntant l’intensité frénétique d’Ys Origins. On affronte des hordes d’ennemis humanoïdes animaux (hommes-poulets, éléphants bipèdes) en mappant deux armes simultanément sur la manette. Chaque arme possède ses forces et ses faiblesses, ce qui encourage l’expérimentation.

Voici les principales armes et capacités disponibles :

  • Épée classique, idéale pour débuter
  • Chaîne et faucille, redoutable pour les combats rapprochés
  • Armes à distance, utiles contre les ennemis mobiles
  • Armes améliorées par les magicite, des gemmes qui modifient les propriétés offensives (coups renforcés, boules de feu…)

Le vrai point de complexité, c’est Faie, une fée compagne contrôlée avec le stick droit. Elle blesse les ennemis au contact, peut les enflammer, téléporter Elliot ou créer des doubles. Sur le papier, c’est brillant. En pratique, gérer simultanément son personnage principal et piloter Faie demande une dextérité que tout le monde n’a pas. L’option multijoueur, qui confie Faie à un second joueur, semble être la configuration idéale pour profiter pleinement de ces mécaniques.

Heuria intervient comme capacité de soin avec un temps de recharge, affichée dans un médaillon circulaire à l’écran dans un style graphique légèrement différent. Ce choix de design subtil fonctionne très bien narrativement.

Voyage dans le temps et construction du monde : une ambition assumée

L’histoire se déroule dans le Royaume de Huther, mais s’étend rapidement sur quatre époques distinctes. Ce dispositif rappelle immédiatement Chrono Trigger ou Dragon Quest VII.

Époque Caractéristique principale
Ère de la Sauvegarde Époque d’Elliot, royaume protégé
Ère de la Reconstruction Humanité au bord de l’effondrement après un cataclysme
Ère de la Magie Utopie arcanique, inventions éblouissantes
Ère des Bourgeons Période la plus ancienne, origines du monde

Observer comment un lieu évolue, ou plutôt se dégrade, d’une époque à l’autre crée des moments réellement poignants. La technologie avancée d’une période, retrouvée en ruines dans une autre, frappe fort émotionnellement. Ce design narratif constitue le point fort le plus original du jeu. L’inconvénient, c’est que le voyage temporel sert aussi à réutiliser les mêmes donjons et ennemis. Les tribus animales deviennent répétitives malgré leur variété formelle. Les boss, bien qu’eux aussi recyclés, restent des affrontements engageants qui testent réflexes et reconnaissance de schémas.

La narration adopte un déterminisme nominatif assumé (Faie la fée, Heuria la gardienne…) qui aurait pu sembler naïf, mais s’intègre parfaitement dans le registre des vieilles fables. Les personnages secondaires comme Casper et sa compagne Mao, une femme troublée issue d’une tribu féline, gagnent en profondeur malgré un temps d’écran limité.

Ce que le jeu réussit vraiment et ce qu’il faudrait améliorer

La bande originale des compositeurs Tomohiro Nakamachi et Yuto Moritani mérite une mention spéciale. Chaque époque dispose d’une identité sonore propre : la désolation de l’Ère de la Reconstruction contraste avec la magie foisonnante de l’Ère arcanique. La partition héroïque qui accompagne les aventures d’Elliot reste en tête longtemps après avoir posé la manette.

Franchement, le principal problème concerne les fins multiples. Les deux premières fins laissent sur sa faim. La « vraie fin », qui contient l’essentiel des révélations, se cache derrière des conditions strictes que certains joueurs n’atteindront jamais. C’est une erreur de conception qui risque de priver une partie du public du véritable dénouement, légèrement prévisible certes, mais émotionnellement satisfaisant.

Pour les fans de RPG d’action avec une identité visuelle forte, The Adventures of Elliot : The Millennium Tales reste une expérience solide et jamais ennuyeuse. Il ne réinvente pas le genre, mais il l’habite avec sincérité et générosité. La durée de vie reste raisonnable : le jeu ne s’éternise pas. Et il y a des chats. Vraiment beaucoup de chats. Pour peu que ce détail compte pour vous, c’est presque suffisant.