Escape from Ever After s’inscrit dans la lignée des RPG inspirés de Paper Mario, une série culte de Nintendo. Des jeux comme Bug Fables ou Born of Bread ont déjà tracé ce chemin. Ce nouveau venu mérite-t-il vraiment votre attention ?
Un univers décalé porté par une écriture savoureuse
Le point de départ du jeu est franchement original. Flynt, héros classique de livre de contes, découvre que le château de son ennemi juré — le dragon Tinder — a été transformé en open space par une corporation dystopique nommée Ever After Inc. Cette entreprise omniprésente colonise les mondes imaginaires et impose ses codes absurdes à des personnages de fables.
Flynt se retrouve rapidement jeté en prison, où il fait la connaissance d’un Tinder diminué, contraint de porter un collier neutralisateur impossible à retirer. Les deux ennemis s’allient alors par nécessité pour renverser ce capitalisme envahissant. La satire du monde de l’entreprise est mordante et souvent très drôle. Mr. Moon, le directeur de succursale issu d’un livre pour enfants, incarne à merveille le manager suffisant et condescendant.
Les compagnons jouables enrichissent considérablement l’expérience narrative. Le Grand Méchant Loup, ici rebaptisé Grand Barde Loup, est un personnage particulièrement attachant. Helga, aventurière viking endoctrinée par Ever After Inc., constitue l’un des personnages secondaires les plus mémorables. Son arc narratif illustre avec finesse comment une idéologie insidieuse peut remodeler une identité.
Le scénario ne cherche pas la cohérence logique et c’est précisément sa force. Comme dans les contes traditionnels, les incohérences font partie du charme. La durée de vie avoisine les dix-sept heures, et le rythme narratif reste globalement soutenu, malgré quelques ralentissements liés aux puzzles.
Les amateurs d’univers fantaisistes baroques et d’anime décalé comme Overlord trouveront dans ce jeu une atmosphère familière et enthousiasmante.
Direction artistique et bande-son : des réussites inégales
Sur le plan visuel, Escape from Ever After propose un style sprites 2D dans des environnements 3D polygonaux, rappelant directement l’esthétique diorama de Paper Mario. Les animations des personnages sont expressives, les traits sont nets, et la diversité des designs est réjouissante. Voir un minotaure partager un bureau avec une fée délicate provoque une satisfaction visuelle immédiate.
Voici les points forts et les limites de la direction artistique :
- Sprites 2D très expressifs, aux lignes propres et colorées
- Environnements 3D évocateurs et thématiquement cohérents avec chaque monde
- Personnages variés et créativement conçus grâce à leurs origines littéraires multiples
- Menus visuellement élégants mais navigation laborieuse et peu intuitive
- Absence de clôture invisible sur certains bords de niveaux, source de chutes accidentelles
La bande-son jazz apporte une vraie personnalité sonore au jeu. La musique du château de Tinder reconverti en open space est particulièrement réussie : elle évoque un elevator music sophistiqué, teintée de la satisfaction feinte du manager modèle. Chaque monde visité possède sa propre identité musicale, parfaitement adaptée à l’atmosphère.
Seuls les thèmes de combat déçoivent légèrement. Bien composés techniquement, ils manquent d’impact et d’énergie pour dynamiser les affrontements. Un RPG de cette trempe méritait des compositions plus percutantes pour ses boss.
Des mécaniques de jeu prometteuses mais mal calibrées
Le gameplay mêle exploration, plateforme et résolution de puzzles. Chaque personnage jouable dispose de compétences spécifiques utilisables dans les environnements. Le problème fondamental réside dans la qualité des contrôles, qui se révèlent flottants et peu précis.
Le tableau ci-dessous résume les principaux aspects du gameplay :
| Aspect | Point positif | Point négatif |
|---|---|---|
| Combats au tour par tour | Stratégie de rotation des personnages | Timing des actions trop exigeant |
| Puzzles | Variété des mécaniques proposées | Certains sont frustrants et bloquants |
| Plateforme | Intégrée à l’exploration | Sauts imprécis, chutes fréquentes |
| Difficulté | Trois niveaux disponibles | Pics brutaux même en mode facile |
| Progression | EXP partagée entre tous les personnages | Linéarité limitant l’exploration |
Les combats fonctionnent sur un système de pressions de boutons rythmées, similaire aux Paper Mario. Rater ces inputs pénalise durement les dégâts infligés ou encaissés. Le jeu propose heureusement des assistances automatiques, mais devoir désactiver une mécanique centrale pour apprécier son jeu pose question.
Les pics de difficulté soudains perturbent l’expérience, même en mode facile avec les assistances. Certains boss reposent excessivement sur la chance, notamment le second affrontement contre Duxter dans les catacombes. Des ennemis absorbant massivement les dégâts transforment certains combats en épreuves d’usure peu gratifiantes.
La gestion des contrôles est également pénalisée par l’impossibilité de les reconfigurer. Dans les séquences exigeant de changer rapidement de personnage tout en activant des compétences et en sautant, cette rigidité devient véritablement pénible. Une simple option de remapping aurait considérablement amélioré l’expérience.
Ce qu’il faut retenir sur Escape from Ever After
Escape from Ever After est un RPG qui aurait pu marquer durablement les esprits. Son univers absurde et attachant, son écriture pleine d’humour et sa direction artistique soignée constituent de vraies qualités. L’ambition créative du projet est indéniable, et les personnages resteront longtemps en mémoire.
Malheureusement, les défauts de gameplay pèsent lourd dans la balance. Des contrôles imprécis, des puzzles parfois injustes, une gestion de la difficulté chaotique et l’absence de remapping des touches freinent l’enthousiasme. Ces problèmes techniques nuisent à une aventure qui méritait mieux.
Le jeu reste recommandable pour les amateurs indulgents du genre, capables d’accepter ces aspérités. Pour les autres, cette déclaration d’amour aux contes de fées détournés restera une belle promesse incomplètement tenue.
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