La Mega Man Star Force Legacy Collection débarque sur PS5 avec une promesse ambitieuse : rassembler l’intégralité d’une trilogie de RPG portable culte dans un seul coffret. Capcom compile ici sept titres au total, soit trois jeux principaux déclinés en versions alternatives, exactement comme le fait la série Pokémon avec ses éditions jumelles. On retrouve ainsi Pegasus, Leo et Dragon pour le premier opus, Zerker x Ninja et Zerker x Saurian pour le deuxième, et enfin Black Ace et Red Joker pour le troisième. La progression narrative reste identique au sein de chaque paire, seules quelques affinités élémentaires et transformations changent. Pour un joueur découvrant la série comme nous, cette collection représente une première plongée dans un pan méconnu de l’univers Mega Man. Le bilan est plus nuancé qu’espéré.
Une adaptation sur grand écran qui peine à convaincre
Les trois jeux Star Force sont nés sur Nintendo DS, une console dotée de deux écrans et d’un stylet. Cette architecture conditionne chaque aspect de leur conception. Transposés sur PS5 et affichés sur un grand téléviseur, les problèmes d’ergonomie sautent immédiatement aux yeux. Le second écran se retrouve relégué dans un coin de l’image, redimensionnable mais jamais vraiment confortable. Basculer d’un affichage à l’autre devient une corvée permanente, et l’interface n’a clairement pas été pensée pour la télévision.
Concrètement, les informations de combat occupent un écran pendant que le contexte narratif et environnemental se déroule sur l’autre. Le joueur passe son temps à gérer la présentation plutôt qu’à jouer. Cette friction constante, loin de s’atténuer avec l’habitude, s’accumule au fil des heures et finit par devenir épuisante. On aurait aimé une refonte de l’interface adaptée aux écrans modernes, mais Capcom a choisi la préservation à l’identique.
Sur le plan visuel, les graphismes trahissent sans détour leurs origines portable. Sur un écran contemporain, l’ensemble ressemble à un jeu DS agrandi, ni plus ni moins. La bande-son s’en tire un peu mieux grâce à des thèmes de combat énergiques et des motifs Mega Man reconnaissables. Cela dit, les musiques tournent en boucle inlassablement, et la qualité sonore reste très proche des masters DS d’origine, malgré des arrangements officiellement remixés.
Un gameplay en dents de scie entre bonne idée et répétition
Au cœur de la Mega Man Star Force Legacy Collection se trouve une boucle de jeu fondée sur l’exploration, les rencontres et un système de combat par cartes. Le monde se divise entre zones réelles et une couche numérique superposée appelée « Wave World ». Geo, le protagoniste, navigue entre ces deux dimensions pour progresser dans l’histoire. Les combats se déroulent sur une grille de trois colonnes vue de dos, l’ennemi occupant le terrain en face.
Le système de Folder, terme utilisé pour désigner le deck de cartes, constitue le pilier central de l’expérience. Les cartes récupérées sur les ennemis ou achetées en boutique définissent vos options offensives et défensives. Pendant les affrontements, une jauge se remplit, le temps se fige, et vous piochez une main de cartes. Aligner des colonnes ou des doublons permet d’enchaîner les attaques avant de reprendre le temps réel. L’idée est séduisante sur le papier, mais la faible variété des ennemis éteint rapidement l’enthousiasme.
Voici comment les trois opus font évoluer cette mécanique de base :
- Star Force 1 : pose les fondations avec un système rigide, peu de personnalisation, des transformations élémentaires limitées.
- Star Force 2 : introduit le système Tribe et les combinaisons Zerker, offrant plus d’options en théorie, mais un sentiment de déjà-vu tenace en pratique.
- Star Force 3 : propose l’expérience la plus aboutie, avec des Folders enrichis, des patterns ennemis légèrement plus malins et des transformations plus variées.
Le tableau ci-dessous résume les principales différences entre les trois jeux principaux de la compilation :
| Opus | Système de transformation | Variété ennemis | Narration |
|---|---|---|---|
| Star Force 1 | Formes élémentaires basiques | Faible | Sci-fi, prometteuse mais peu développée |
| Star Force 2 | Zerker x Ninja / Saurian | Faible à modérée | Portée globale, impact limité |
| Star Force 3 | Étendue, plus personnalisable | Modérée | Conspiration plus élaborée |
Les thèmes d’isolement, d’identité et de connexion humaine traversent l’ensemble de la trilogie. Malheureusement, l’écriture effleure ces idées sans jamais les creuser. Les scènes narratives s’enchaînent sans laisser de trace émotionnelle durable. La structure reste identique d’un bout à l’autre : étudier une anomalie, pénétrer un réseau corrompu, vaincre un boss thématique, recommencer. Les amateurs de JRPG narratifs bien rythmés apprécieront peut-être davantage un titre comme Trails in the Sky First Chapter, dont l’écriture et la construction du monde atteignent une tout autre profondeur.
Un hommage fidèle mais réservé aux fans de la première heure
Capcom mérite une reconnaissance sincère pour avoir rassemblé l’intégralité des versions de la trilogie dans un seul package soigné. Aucun titre ne manque à l’appel, et un lecteur musical est inclus, ce qui constitue un bonus appréciable pour les nostalgiques. La préservation est irréprochable sur le plan de l’exhaustivité.
Mais cette fidélité totale à l’œuvre originale implique aussi de conserver toutes ses faiblesses sans les corriger. Les ennemis récurrents recyclés entre les trois jeux, la navigation parfois obscure, le rythme en dents de scie entre des longues phases creuses et des pics d’action soudains : tout cela est préservé à l’identique. Pour un fan de longue date, retrouver ces jeux dans leur jus peut constituer un plaisir réel. Pour un nouveau venu, l’expérience risque d’être éreintante.
La Mega Man Star Force Legacy Collection fonctionne comme une capsule temporelle honnête. Elle capture une série qui cherchait sa voie entre ambition narrative et contraintes du format portable, sans jamais tout à fait y parvenir. Les idées sont là, le potentiel affleure, notamment dans la construction des decks et le système de transformation, mais la structure répétitive et les compromis d’affichage pèsent lourd sur l’ensemble. Une recommandation mesurée, réservée aux connaisseurs.
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