Mage brandissant des cartes magiques entourée de créatures fantastiques

Culdcept Begins review : notre avis complet

Dix ans. C’est le temps qu’a attendu la communauté Culdcept pour voir renaître sa franchise préférée. Culdcept Begins débarque sur Nintendo Switch et Switch 2 comme un reboot assumé, portant une nouvelle identité visuelle et une promesse simple : remettre au goût du jour l’une des formules les plus originales du jeu vidéo stratégique. Monopoly croisé avec Yu-Gi-Oh, voilà le pitch. Et franchement, ça fonctionne toujours aussi bien.

Une mécanique de jeu qui reste le cœur battant de la série

Le principe fondamental n’a pas bougé : vous parcourez un plateau, vous acquérez des territoires en y déployant des cartes monstres, puis vous faites payer un péage à tout adversaire qui pose le pied dessus. L’objectif, atteindre un seuil de richesse fixé puis rejoindre le château de départ, ressemble à ce que Monopoly proposerait si chaque propriété était défendue par une créature de combat.

Ce qui distingue radicalement Culdcept Begins d’un basique jeu de plateau, c’est la couche de construction de deck. Vos monstres, sorts et objets ont tous des affinités élémentaires (Eau, Feu, Air, Terre), et aligner les bonnes combinaisons multiplie vos revenus sur les territoires correspondants. Posséder cinq cases Feu alignées peut transformer un péage ordinaire en véritable gouffre financier pour l’adversaire.

Les plateaux eux-mêmes enrichissent chaque partie. Loin du carré figé du Monopoly classique, les cartes proposent des structures uniques :

  • Des ponts et tuiles de téléportation qui modifient les trajets
  • Des sanctuaires vendant des jetons élémentaires dont la valeur fluctue selon le développement des territoires
  • Des sanctuaires aléatoires accordant bonus ou malus collectifs
  • Des boutiques et diseuses de bonne aventure offrant des cartes temporaires

La mécanique des jetons mérite une attention particulière. Acheter des jetons Feu en début de partie pour les revendre à cinq fois leur valeur une fois les territoires développés, c’est du trading pur, et c’est brillant. Chaque match dure entre 45 minutes et 2 heures selon la configuration, ce qui reste raisonnable pour la profondeur proposée.

La campagne solo s’étend sur environ 20 heures, tutoriels et quêtes secondaires inclus. L’IA adverse se montre compétente et adopte des stratégies reconnaissables, même si elle ne remplace jamais un adversaire humain. Le GameShare de Nintendo, permettant à des joueurs sans copie du jeu de participer en local, fonctionne remarquablement bien et efface l’ancienne galère du passage de manette.

Direction artistique et bande-son : un virage courageux

Les habitués de la série vont tiquer. Les anciens opus convoquaient des artistes différents pour chaque épisode, créant une esthétique fantasy-anime mature et parfois sombre. Culdcept Begins rompt totalement avec ça : personnages super-déformés et colorés, cartes monstres représentées comme des tablettes de pierre aux motifs de peintures rupestres. C’est déroutant au premier regard.

Pourtant, cette nouvelle direction visuelle règle un problème qui traînait depuis des années. Dans les anciens jeux, l’écart entre l’illustration détaillée d’une carte et le sprite minimaliste apparaissant sur le plateau créait une dissonance gênante. Ici, la cohérence entre l’art des tablettes et les sprites de jeu est quasi impeccable, ce qui renforce l’immersion pendant les parties. L’interface utilisateur, elle, atteint un niveau d’excellence inédit dans la franchise : toutes les informations critiques du plateau restent lisibles simultanément, sans surcharge visuelle.

Aspect Anciens Culdcept Culdcept Begins
Style visuel Fantasy-anime mature, variable selon les opus Cartoony, coloré, super-déformé
Cohérence cartes/sprites Dissonance fréquente Quasi identiques
Compositeur Kenji Ito (depuis Culdcept Second) NoisyCroak
Interface Complexe, parfois illisible Claire, exemplaire

Côté musique, NoisyCroak remplace Kenji Ito, compositeur historique de la série. Le résultat reste honnête : les thèmes élémentaires sont appropriés, les morceaux montent en intensité quand le plateau s’échauffe. Mais il manque la signature sonore reconnaissable qu’Ito avait construite sur plusieurs épisodes. Ce n’est pas un échec, juste une occasion manquée.

Scénario et verdict : que vaut vraiment ce reboot ?

L’histoire place Kamru, fils du général disparu Rutra, dans une académie royale de Cepteurs du royaume de Bavrashka. Il y côtoie la princesse Ishara et son rival Tarhunt, avant que le conflit avec les créatures de l’Abysse n’escalade vers quelque chose de plus ambitieux. Le début reste très scolaire, et la localisation manque de personnalité : les mécaniques sont bien expliquées, les personnages beaucoup moins bien caractérisés.

Quelques figures sortent du lot. Tarhunt, le rival de Kamru, possède un lien mystérieux avec Rutra qui donne de la substance à son personnage. Tindalos, le chef de la tribu de l’Air et maître de l’Arène, débarque toujours au pire moment avec une énergie chaotique plutôt réjouissante. Mais comparé aux prémices narratives de Culdcept Saga (esclave devenant dieu) ou de Culdcept Revolt (rejoindre des rebelles contre un tyran), l’académie manque de mordant.

Pour les amateurs de tactical RPG stratégiques comme Fire Emblem : The Sacred Stones, Culdcept Begins offre une profondeur comparable, mais dans un registre radicalement différent où le hasard du plateau vient constamment challenger vos plans.

Note finale : 8/10. Culdcept Begins remplit son contrat avec brio sur le plan mécanique. Si vous n’avez jamais touché à la série, c’est le optimal point d’entrée possible, grâce à ses tutoriels progressifs et son interface irréprochable. Si vous êtes un vétéran, attendez-vous à retrouver votre addiction habituelle, habillée différemment. La longévité du multijoueur en ligne reste à prouver, mais la construction de decks et la richesse des plateaux garantissent des centaines d’heures de jeu pour quiconque accroche à la formule.