Netherveil s’affiche à l’écran, et la première impression est saisissante : néons saturés, architecture labyrinthique, personnages hybrides mi-humains mi-machines. Celestial Return débarque avec des ambitions narratives considérables, s’appuyant sur un cocktail de références très reconnaissables pour les amateurs du genre cyberpunk. Mais une ambition affichée ne garantit pas une exécution irréprochable. Voici ce qu’il faut vraiment en retenir.
Un univers cyberpunk ambitieux, une narration à double tranchant
Celestial Return se positionne d’emblée comme un RPG narratif où l’enquête prime sur tout le reste. Howard, le protagoniste, est un ex-membre du PID, une unité spécialisée dans la neutralisation des « Abstracts », des manifestations physiques nées directement de l’imagination humaine qui envahissent les rues de Netherveil. Le prétexte est solide. Une enquête sur un triple homicide dérape rapidement vers le surréalisme métaphysique, et le ton se veut résolument adulte.
Franchement, Howard coche toutes les cases du détective usé jusqu’à la corde : cynique, meurtri, en décalage permanent avec le monde qui l’entoure. Si vous avez joué à Disco Elysium, à Zero Parades ou même à Anachronox, la silhouette du personnage vous sera immédiatement familière, peut-être trop. Les premières heures ressemblent à la relecture d’un dossier que vous auriez déjà feuilleté des dizaines de fois, simplement éclairé par un néon différent.
Le système de monologue interne s’inspire directement de Disco Elysium, découpé ici en cinq facettes : Intelligence, Gestion de la colère, Stupidité, Perception et Vertu. L’écriture montre une réelle amplitude stylistique, mais ce calque pèse lourd. La transparence mécanique fait défaut : hors des options de dialogue explicitement verrouillées, l’impact concret de ces filtres de personnalité reste opaque. On navigue à vue. Pire, la prose, régulièrement alourdie par des descriptions à rallonge et une syntaxe très dense, étouffe occasionnellement les informations cruciales. Imaginez un débat philosophique fleuve avec une rose parlante. Ça arrive réellement dans le jeu. Ce n’est pas une métaphore.
Pourtant, le jeu défend des thèmes qui méritent d’être entendus : identité, autonomie face au contrôle algorithmique, hybridité cybernétique. Les Abstracts constituent une métaphore genuinement originale pour interroger notre rapport à la réalité augmentée. Philip K. Dick avait posé ces bases des décennies plus tôt, et on peut se demander si ces angoisses, devenues notre quotidien, ne rendent pas le propos un peu moins percutant qu’il ne l’aurait été il y a vingt ans.
Mécanique de dés et gestion des risques : le système qui divise
Le moteur de jeu repose sur un système de résolution par dés, directement inspiré de Citizen Sleeper. Howard dispose d’une réserve de dés qui fait office à la fois de monnaie et de points de vie, appelés « oxygène » dans le jeu. Seuls quatre dés peuvent être lancés lors de chaque test. Chaque jet consomme définitivement les dés utilisés. Dépensez-les tous, et le jeu entre en quasi-blocage.
Voici comment se répartissent les types de dés disponibles :
- Dés négatifs : appliquent un malus au résultat, représentent les travers de Howard (la colère, notamment)
- Dés neutres : résultat standard, sans modificateur
- Dés positifs : accordent un bonus au résultat du jet
- Dés garantis : rares, ils assurent un succès automatique
La courbe d’apprentissage est réelle. J’ai rapidement adopté une stratégie de rétention : garder les dés négatifs comme monnaie d’échange avec les PNJ ou pour sécuriser des objets clés, éviter de gaspiller les bons dés sur des vérifications secondaires. Certains objets confèrent des bonus passifs permanents, d’autres des boosts ponctuels décisifs. En accumulant de l’expérience, Howard débloque aussi des révélations profondes qui facilitent des tests spécifiques.
| Aspect | Point fort | Point faible |
|---|---|---|
| Système de dés | Tension réelle, choix stratégiques | Peu de lisibilité sur les enjeux à venir |
| Gestion d’inventaire | Variété d’objets | Interface fastidieuse, défilement laborieux |
| Dialogues | Prose incisive, facettes variées | Verbosité excessive, informations noyées |
| Progression | Insights permanents satisfaisants | Soft-locks possibles, bugs de progression |
Le problème majeur reste l’absence de visibilité sur ce qui attend Howard après un jet. On ne sait jamais si un gros investissement de dés va immédiatement précéder une série de tests encore plus exigeants. Résultat : le jeu encourage implicitement le rechargement de sauvegarde, non par envie d’analyser d’autres embranchements narratifs, mais simplement pour rester solvable. Dans un RPG où l’échec devrait ouvrir des chemins alternatifs intéressants, c’est un problème structurel sérieux.
Direction artistique remarquable, finition perfectible
Netherveil se présente comme un diorama animé. La carte principale reste fonctionnelle sans être spectaculaire : des points chauds à activer qui déclenchent des scènes autonomes. C’est dans ces séquences que l’identité visuelle du jeu explose vraiment. La direction artistique mêle photographie monochrome, clips vidéo, illustrations architecturales dignes d’Escher et un character design anime soigné. Le résultat est hypnotique, avec une ambiance de malaise cosmique maintenue en permanence. Pour l’amateur de cyberpunk et d’horreur psychologique, les amateurs de JRPG narratifs exigeants trouveront un soin artistique comparable à certains classiques du genre.
La bande-son s’articule autour de trois morceaux principaux couvrant le synthwave rétro, la techno industrielle et même quelques incursions death metal. Les clips musicaux qui accompagnent chaque chapitre réunissent les visuels de l’exploration et fonctionnent comme une colle narrative efficace. L’utilisation parcimonieuse des voix off renforce les moments clés sans alourdir l’ensemble.
Reste la finition. Des marqueurs de quête qui disparaissent, des sauvegardes qui ne s’enregistrent pas correctement, des progressions bloquées : la version actuelle accumule les bugs. Le studio semble réactif aux signalements, mais l’état du jeu reste perfectible. Pour un titre vendu à prix réduit et terminable en cinq à sept heures selon votre rythme de lecture, c’est un rapport acceptable, pas idéal. Les rejoues prometteuses existent, avec des chemins alternatifs et des objets secrets à débusquer. Celestial Return vaut le détour malgré ses aspérités, à condition d’accepter ses limites dès le départ.
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