Personnage hooded combattant dans rue néon rétro-futuriste pixelisée.

Scott Pilgrim EX : notre avis complet sur le jeu culte revisité

Scott Pilgrim EX débarque comme une lettre d’amour adressée aux joueurs nés dans les années 80 et 90. Développé par Tribute Games, à qui l’on doit déjà l’excellent Teenage Mutant Ninja Turtles : Shredder’s Revenge, ce beat ’em up revisite l’univers culte créé par Bryan Lee O’Malley avec une ambition et une générosité qui méritent qu’on s’y attarde longuement.

Un Toronto vivant entre monde ouvert et quêtes rythmées

Oubliez la progression linéaire classique du genre. Scott Pilgrim EX propose une carte ouverte en 2D représentant Toronto, parcourue librement d’un bout à l’autre. Les gangs — Démons, Robots et Végans — peuplent les rues de manière procédurale selon votre niveau actuel. Cette liberté change radicalement l’approche du jeu, même si la carte se traverse rapidement une fois bien nivelé.

La progression repose sur douze quêtes principales permettant de sauver les membres du groupe Sex Bob-omb. Chaque instrument récupéré ouvre des failles spatio-temporelles à la manière d’Ocarina of Time. Certaines missions imposent un peu de backtracking, comme transporter une clé sans la perdre ou utiliser des bombes pour découvrir des salles secrètes.

Toronto elle-même est fidèlement reconstituée avec une affection évidente. Casa Loma devient Casa Vania, repaire de vampires. La célèbre cantine Sneaky Dee’s se transforme en Tricky Dee’s, boutique d’objets. L’emblématique friperie Honest Ed’s, disparue en 2016, revit sous le nom Honest Ex’s. High Park, le Distillery District et Dundas figurent également au programme. Ces clins d’œil parlent directement aux Canadiens, mais ravissent tout amateur attentif.

Visuellement, le jeu célèbre les décennies passées du jeu vidéo. On reconnaît l’influence de Sonic the Hedgehog, de Street Fighter et de Mega Man, sans que cela semble forcé. Les carapaces de Koopa vertes roulent sur Queen Street pour renverser des Végans en file indienne. Des ninjas Démons reçoivent des coups façon Guile. La cohérence visuelle de l’ensemble est bluffante.

Un gameplay solide et un roster de personnages surprenant

Le système de combat hérite directement du savoir-faire de Tribute Games. Attaques légères, lourdes, saisies et coups spéciaux composent une palette efficace. Des assistants équipables permettent d’appeler des personnages qui n’ont pas rejoint le roster jouable. La profondeur tactique reste accessible sans jamais sacrifier la lisibilité en multijoueur.

Scott Pilgrim EX propose sept personnages jouables, dont la composition surprend agréablement :

  • Scott Pilgrim et Ramona Flowers, les protagonistes habituels
  • Roxie, la ninja agile aux enchaînements rapides
  • Matthew Patel, manipulateur de marionnettes
  • Lucas Lee, catcheur et star de cinéma au style bourrin
  • Robot-01, personnage de zone à distance
  • Gideon Graves, ancien antagoniste de la série, ici en mode rushdown

Chaque personnage monte jusqu’au niveau 300 si vous le gardez tout au long de l’aventure. La progression passe par des achats d’objets et d’équipements boostant vitalité, volonté, force et agilité. Aucun move n’est à débloquer : tout repose sur la montée en puissance progressive. Les accessoires et badges offrent des bonus secondaires, sans bouleverser l’équilibre général.

Personnage Style de jeu Particularité
Scott Pilgrim Équilibré Personnage par défaut, polyvalent
Ramona Flowers Technique Marteau géant, allonge importante
Gideon Graves Rushdown Pression constante, très offensif
Robot-01 Zoner Attaques à distance efficaces
Lucas Lee Puissance brute Dégâts élevés, lenteur compensée

En revanche, la première moitié de l’aventure s’avère frustrante. Le backtracking constant vers les boutiques pour acheter des corndogs ou des sodas végans, combiné aux ennemis sur chaque trottoir, vide rapidement les poches. L’absence de système de vies remplace la pression par la gestion de ressources, mais les options de soin restent trop limitées. Et aussi, les boss ne sont pas rejouables : voir les sept fins différentes oblige à recommencer en New Game Plus.

La bande-son d’Anamanaguchi et les limites narratives du jeu

Anamanaguchi signe la bande originale de Scott Pilgrim EX, et c’est probablement l’aspect le plus impressionnant du jeu. Avec 71 pistes totalisant plus d’une heure trente, chaque écran, chaque boutique et chaque autoroute subspaciale possède sa propre musique en boucle courte. Le groupe étire son chiptune 8-bit habituel vers des territoires plus éclectiques, évoquant parfois la cohérence musicale d’Undertale ou de Deltarune.

Les morceaux privilégient l’accroche immédiate et l’ambiance plutôt que la complexité mélodique. Ce choix est cohérent : le joueur traverse les écrans rapidement, la musique doit marquer en quelques secondes. Le résultat est envoûtant, et associé aux visuels rétro colorés, il crée une identité artistique parmi les plus réussies de l’année.

L’écriture, malheureusement, constitue le point faible du titre. Bryan Lee O’Malley revient bien à l’écriture, mais les blagues tombent à plat plus souvent qu’à leur tour. Le passé lourd des personnages — notamment les anciens méchants devenus alliés — est balayé trop rapidement. Scott et ses coéquipiers semblent édulcorés pour séduire un public plus jeune, comme si l’histoire avait perdu ses griffes. La romance entre personnages clés est absente, et les enjeux narratifs manquent de tension réelle.

En multijoueur en ligne, le jeu offre une expérience fluide — nettement supérieure à l’ancienne version de Scott Pilgrim vs. the World : The Game — mais la communication entre joueurs reste insuffisante. On ne voit pas la quête en cours chez les autres participants, ce qui crée des déséquilibres de niveaux gênants. Malgré ces défauts, Scott Pilgrim EX reste une aventure courte, joyeuse et visuellement mémorable, portée par un combat parmi les meilleurs du genre beat ’em up actuel.