Beast of Reincarnation m’a joué un tour mémorable. Après plusieurs minutes à enchaîner les sauts, les accrochages de grappin et les passages en équilibre pour atteindre une corniche en hauteur, j’arrive enfin au sommet… et je trouve absolument rien. Pas d’objet, pas d’ennemi, pas de récompense cachée. Cette expérience résume parfaitement ce que ce jeu fait pendant ses 25 heures minimum de durée de vie : promettre beaucoup, livrer peu.
Un système de combat séduisant, mais vite étouffant
Soyons honnêtes : le combat est ce qui m’a le plus accroché dans ce jeu, surtout après avoir vu la bande-annonce de gameplay. Ce que l’on y voit correspond bien à la réalité mécanique. La parade occupe une place centrale, presque obsessionnelle. Parer ou mourir, c’est littéralement la philosophie du titre. Chaque attaque ennemie peut (et doit) être contrée, et chaque parade réussie remplit deux jauges distinctes : celle de l’étourdissement pour achever rapidement un ennemi ordinaire, et celle des Florescence Points pour déclencher des compétences spéciales.
Ce second mécanisme implique Koo, votre compagnon canin. En ralentissant le temps, vous choisissez une aptitude pour lui. Sur le papier, c’est une idée fraîche. Dans les faits, l’efficacité maximale se résume à alterner deux compétences précises pour infliger des altérations d’état en boucle. Toute autre approche fonctionne moins bien. Le système se referme donc sur lui-même très vite.
Le timing des parades est légèrement précoce par rapport à ce que l’on attend instinctivement, mais il reste cohérent, ce qui est l’essentiel. Si vous avez joué à Sekiro : Shadows Die Twice ou à Lies of P, vous ne serez pas dépaysé une seule seconde. La vraie déception vient de la répétition : les mêmes boss reviennent trois fois minimum, parfois six fois, et la variété ennemie reste désespérément faible. La courbe de difficulté s’effondre à mesure que l’on maîtrise les parades, et les systèmes annexes (nourriture, arbre de compétences, niveaux de personnage) deviennent totalement anecdotiques.
| Élément de gameplay | Point fort | Point faible |
|---|---|---|
| Système de parade | Cohérent, satisfaisant | Écrase tous les autres systèmes |
| Compagnon Koo | Concept original | Deux compétences dominent tout |
| Combats de boss | Animations soignées | Chaque boss revient 3 à 6 fois |
| Progression | Arbre de compétences présent | Inutile face à la parade |
Une narration confuse qui gâche un scénario potentiellement fort
L’univers de Beast of Reincarnation repose sur une prémisse intéressante. Il y a 1000 ans, l’humanité a décidé d’éradiquer ses propres émotions, déclenchant ainsi un cataclysme. Depuis, une corruption appelée le « Fléau » infecte les âmes, et toutes les 100 ans, la créature éponyme revient menacer le monde. Emma, la protagoniste, est une « Purificatrice » dépourvue de sentiments, mais seule capable d’affronter ce Fléau. On pense immédiatement à NieR : Automata ou à l’univers de Hayao Miyazaki. Et c’est exactement le problème.
Le jeu ne cite pas ses sources, il les copie. La structure narrative, le type de personnages, la thématique des émotions retrouvées : tout cela a déjà été fait, souvent mieux. Pire encore, la mise en scène sabote ce récit. Les révélations significatives surviennent pendant des phases de combat, au milieu de l’action. Les flashbacks et flashforwards s’enchaînent sans logique apparente. Le lore se retient jusqu’au bout, puis se déverse en expositions massives lors des dernières heures.
Le doublage, en anglais comme en japonais, ne sauve rien. Les voix restent plates, sans conviction. J’aurais aimé m’attacher à Emma, voir sa transformation émotionnelle me toucher. Mais le rythme si lent du récit m’a conduit à décrocher bien avant que les enjeux ne deviennent clairs. Un jeu de caractère raté n’est pas un mauvais concept, c’est un mauvais dosage.
Direction artistique réussie, bande-son trop uniforme
Visuellement, Beast of Reincarnation tient correctement la route. Les zones mélangent ruines, plaines ouvertes et grottes montagneuses avec un certain soin. Les modèles de personnages et de boss sont nets, détaillés. Les animations de combat et d’élimination sont franchement impressionnantes. Et, point non négligeable vu l’importance du timing dans les parades, le framerate reste stable presque tout au long de l’aventure.
Maintenant, les réserves. Les environnements deviennent redondants après quelques heures. Les murs invisibles surgissent dans des endroits qui n’ont aucun sens géographique. Et la linéarité des zones, malgré quelques défis de plateformes bien pensés, limite sévèrement le plaisir d’exploration. J’ai grimpé des rebords pendant des minutes pour trouver… rien. Plusieurs fois.
La bande-son m’a spécialement déçu. Au premier contact, j’étais convaincu que MONACA, le studio derrière les compositions de NieR et de Stellar Blade, en était responsable. Même ambiance chorale, même mélancolie éthérée. Mais l’identité sonore se noie dans sa propre uniformité : chaque piste évoque la même humeur, sans variation. Pour un jeu de 25 heures minimum, c’est une fatigue auditive garantie.
- Graphismes soignés avec un framerate globalement stable
- Animations de combat dynamiques et lisibles
- Bande-son atmosphérique mais trop homogène
- Murs invisibles et zones trop linéaires
- Plateformes créatives mais sans récompense réelle
Verdict : un potentiel gâché qui mérite quand même votre attention conditionnelle
Si vous adorez les RPG japonais à forte identité narrative et à systèmes de combat profonds, Beast of Reincarnation vous intéressera forcément sur le papier. Franchement, moi aussi j’ai passé un moment plaisant malgré tout. Le plaisir de maîtriser les parades existe, les environnements ont leur charme, et certains affrontements de boss restent mémorables.
Mais ce jeu ne tient pas ses promesses. Chaque idée forte y est diluée par une exécution trop timide ou trop répétitive. Si vous cherchez l’expérience de NieR : Automata ou de Sekiro, ce titre ne vous donnera qu’une version appauvrie. Attendez une baisse de prix avant de vous lancer, ou réservez-le aux amateurs du genre prêts à accepter ses limites les yeux ouverts.
- Prince Jerian Review : avis complet - 2 septembre 2026
- Blood of Dawnwalker Review : avis complet du jeu - 1 septembre 2026
- War in the North : guide complet du jeu Seigneur des Anneaux - 29 août 2026

