Vaisseau de guerre spatial attaqué par chasseurs près d'une étoile

R-Type Tactics : avis et test complet du jeu

R-Type Tactics I • II Cosmos n’est pas une sortie anodine. La franchise d’Irem, née en 1987, a marqué des générations de joueurs avec ses shoot-’em-up exigeants et ses boss tentaculaires. En 2007, un premier virage radical : R-Type Tactics abandonnait l’action frénétique pour un SRPG au tour par tour, centré sur la guerre contre l’Empire Bydo. Sa suite, sortie en 2009 uniquement au Japon, n’avait jamais été localisée. Granzella, studio fondé par d’anciens membres d’Irem, remet aujourd’hui les deux titres en un seul package remasterisé. Le résultat est enchantant… et occasionnellement frustrant.

Un univers visuel et narratif entre hommage et ambition

Le scénario du premier volet place le joueur à la tête des Forces Spatiales Terrestres, engagées dans une croisade interstellaire pour éradiquer l’Empire Bydo, une armada biomécanique en perpétuelle mutation. Ce qui surprend, c’est le retournement de perspective en milieu de campagne : on bascule du côté Bydo, forçant à combattre ses propres anciens alliés. Un choix audacieux, même si l’exécution narrative reste assez plate.

Le second opus enrichit ce tableau avec une guerre civile entre les Forces Alliées Terrestres et l’Armée Révolutionnaire Granzella, faction qui revendique son indépendance et l’utilisation des technologies Bydo. Des chemins de mission ramifiés et des choix de dialogue lors des briefings influencent la trajectoire de la campagne. C’est un vrai progrès, mais le récit n’atteint pas la profondeur d’un Fire Emblem ou d’un Final Fantasy Tactics. Les amateurs de visual novel apprécieront l’effort ; les autres passeront rapidement.

Visuellement, la remasterisation convainc. Les modèles de vaisseaux, les designs Bydo et les décors bénéficient d’une direction artistique fidèle aux originaux, rehaussée d’effets dimensionnels saisissants et d’une colorimétrie soignée. Les vignettes de combat en 3D animée ajoutent de l’immersion, même si on les désactivera vite lors des longues parties. La bande-son, tendue et entraînante, complète efficacement l’ambiance.

Des mécaniques tactiques profondes, mais un onboarding inexistant

Le cœur du gameplay repose sur un système au tour par tour classique : chaque unité peut se déplacer et exécuter une action (attaque directe, leurre défensif, soutien). Mais R-Type Tactics I • II Cosmos intègre des mécaniques directement issues du shoot-’em-up original qui lui donnent une vraie personnalité.

  • Les chasseurs peuvent s’arrimer à des modules Force déployés, consommant une action pour débloquer des configurations d’attaque ou de défense au tour suivant.
  • La flotte avance toujours de gauche à droite : les tirs chargés ne se génèrent que vers la droite des unités, et inversement pour les ennemis.
  • Les unités « désynchronisées » peuvent traverser les terrains solides, ouvrant des possibilités d’embuscade, au prix d’une consommation de carburant accrue.
  • Le brouillard de guerre, les niveaux aquatiques (qui réduisent les déplacements) et les cartes verticales qui rendent les tirs chargés inutiles diversifient les défis.

Ces idées sont brillantes. La gestion du positionnement, des chaînes de ravitaillement et des limites de tour crée un puzzle tactique exigeant qui rappelle le rythme des jeux d’arcade originaux. Savoir quand avancer, quand reculer, quand lâcher une frappe dévastatrice ou se défendre : c’est exactement la tension qu’on retrouvait dans les shoot-’em-up d’Irem.

Le problème majeur, c’est l’absence totale de tutoriel interactif. Le jeu balance un mur de texte de lore dense avant de vous lâcher sur le terrain. Les statistiques des unités et les mots-clés de combat ne sont pratiquement jamais expliqués, et on apprend souvent leur impact réel en perdant une mission. Pour un SRPG sorti en 2026, c’est un choix de design très discutable.

Aspect Point fort Point faible
Visuels Remasterisation fidèle et colorée Vignettes de combat répétitives
Gameplay Mécaniques tactiques originales Rythme très lent sur les grandes cartes
Scénario Retournements de perspectives intéressants Narration superficielle et peu développée
Accessibilité Tooltips ajoutés pour les unités Absence totale de tutoriel interactif
Durée de vie Dizaines d’heures de campagne Grinding excessif et mal orienté

Une progression exigeante qui récompense la patience… et punit les impatients

L’échec est intégré au cycle de progression. Perdre une mission permet de conserver les ressources minées et de les réinvestir dans la flotte. Les commandants vaincus accumulent même de l’expérience au fil des défaites, gagnant des bonus mineurs en points de vie et en esquive. C’est un système cohérent avec l’esprit « arcade » du projet.

Mais le niveau de grinding requis est clairement sous-estimé au départ. L’interface propose peu de direction, et investir dans le mauvais vaisseau ou visiter une branche technologique sans issue coûte cher. On pense à des titres comme Disgaea 7, dont la gestion des ressources et la profondeur tactique sont autrement mieux balisées pour le joueur. Ici, l’apprentissage se fait vraiment par l’erreur, dans un style design daté.

La gestion d’une grande armée ralentit aussi considérablement les parties. Même à vitesse d’animation maximale, cliquer sur des dizaines d’unités individuelles pour les déplacer et leur assigner des ordres devient vite fastidieux. C’est un héritage direct du jeu de 2007 qui n’a pas totalement été modernisé.

À qui s’adresse vraiment ce remaster ?

Deux campagnes principales, des dizaines d’heures de jeu, des approches quasi infinies selon les compositions de flotte : le contenu est indéniablement généreux. Jouer la perspective Bydo double littéralement les possibilités stratégiques. Les fans de longue date de la série, ceux qui distinguent d’instinct un Arrowhead d’un Cerberus, trouveront ici un hommage minutieux et dense en nuances.

Pour le joueur de SRPG lambda, l’investissement est conséquent. Il faut accepter une interface rugueuse, un scénario léger et une courbe d’apprentissage punitive. Le score global que j’attribuerais à ce remaster serait de 7/10 : une œuvre de passion incontestable, techniquement honnête, mais qui aurait gagné à être modernisée plus profondément côté accessibilité. Si vous avez la patience d’une tortue spatiale et l’amour des mécaniques stratégiques pointues, foncez. Sinon, commencez par vous familiariser avec des SRPG plus accueillants avant de tenter l’aventure.