Mort en direct du streamer Jean Pormanove : qui était ce streamer français décédé

Mort en direct du streamer Jean Pormanove : qui était ce streamer français décédé

La communauté du streaming français a été bouleversée par la mort tragique de Raphaël Graven, connu sous le pseudonyme Jean Pormanove. Ce créateur de contenu âgé de 46 ans, ancien militaire, s’est éteint en direct lors d’un live sur la plateforme Kick dans la nuit du 17 au 18 août 2024. Cet événement dramatique survient après plus de 298 heures de diffusion continue, soit près de douze journées ininterrompues de streaming.

Les images diffusées montrent les derniers instants du streamer français, où il semble éprouver des difficultés respiratoires avant de pousser un dernier râle. Son acolyte Owen Cenazandotti, alias « Naruto », l’interpelle à six reprises sans obtenir de réponse, lui jette même une bouteille d’eau au visage, puis coupe finalement le direct 47 minutes après avoir constaté l’absence totale de réaction. Jean Pormanove rassemblait une importante communauté avec près de 200 000 abonnés sur Kick et plus de 580 000 sur TikTok.

Un virage vers les contenus extrêmes

Jean Pormanove avait débuté sa carrière de créateur de contenu en 2018 en se consacrant aux jeux vidéo, notamment Fortnite. Révélé par le YouTubeur « The Kairy78 », il avait initialement séduit sa communauté par ses réactions spontanées et son humour naturel. Le streamer français avait commencé sur Twitch aux côtés de Naruto, Safine et Coudoux avant de rejoindre en 2023 le collectif « Le Lokal TV » avec d’autres streamers niçois.

Le tournant s’opère lorsque le trio migre vers Kick, une plateforme australienne créée en 2022 et connue pour ses règles de modération plus laxistes. Cette transition coïncide avec une transformation radicale du contenu proposé. Kick offre une rémunération attractive en reversant 95% des revenus aux créateurs contre 50% pour la plupart des autres plateformes, mais s’est également fait une réputation sulfureuse en diffusant des contenus violents et dégradants.

La plateforme a ainsi permis l’émergence d’un business model basé sur la maltraitance, avec des émissions aux titres évocateurs comme « Des chiffres et des illettrés » ou « Question pour un Golmon ». L’administration française et la justice étaient pourtant au courant depuis des mois de la situation préoccupante du streamer français sur cette plateforme.

Le rôle de souffre-douleur de Jean Pormanove

Raphaël Graven était devenu la victime systématique de violences physiques et d’humiliations lors de ses lives, perpétrées principalement par deux autres influenceurs connus sous les pseudonymes Narutovie et Safine. Ces contenus extrêmes dépassaient largement les limites de l’acceptable, transformant le streaming en spectacle de maltraitance publique.

Les actes documentés incluent une liste particulièrement choquante de sévices :

  • Jets de peinture sur le corps
  • Coups et étranglements filmés
  • Privation de sommeil durant les marathons de streaming
  • Ingurgitation forcée de produits toxiques
  • Tirs de paintball sans protection
  • Humiliations publiques répétées

Jean Pormanove occupait constamment la position de victime, multipliant les crises de nerfs et hurlant de douleur devant les spectateurs. Ces actes de violence étaient parfois encouragés par des versements d’argent des internautes, créant un cercle vicieux où la souffrance générait des revenus. Plusieurs jours avant sa mort tragique, Raphaël Graven avait envoyé un message désespéré à sa mère, confiant se sentir « séquestré avec leur concept de merde ».

Enquêtes judiciaires et réactions officielles

Le décès du streamer français a déclenché l’ouverture d’une enquête en « recherche des causes de la mort » par le parquet de Nice, confiée à la police judiciaire locale avec demande d’autopsie. À ce stade, les raisons précises du décès restent inconnues et rien de suspect n’a été relevé selon le parquet. Cette investigation s’ajoute à une enquête déjà ouverte en décembre 2024 suite à un article de Mediapart, portant sur des « violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables ».

Clara Chappaz, ministre déléguée chargée du numérique, a qualifié la situation d' »horreur absolue » et a saisi l’Arcom tout en effectuant un signalement sur Pharos. La chaîne du « Lokal » a été supprimée de Kick suite aux événements. Un porte-parole de la plateforme s’est déclaré « profondément attristé » et a annoncé examiner les circonstances de ce drame.

Aspect Détails
Date du décès Nuit du 17 au 18 août 2024
Lieu Contes, Alpes-Maritimes
Durée du live 298 heures continues
Abonnés Kick 200 000
Abonnés TikTok 580 000
Montant affiché 36 411 euros

Questions juridiques et responsabilités

L’affaire Jean Pormanove soulève des interrogations majeures sur la responsabilité des plateformes et l’encadrement des contenus violents en ligne. Les avocats des présumés agresseurs tentent de minimiser leur responsabilité : Yassin Sadouni, défenseur de Narutovie, affirme que son client « n’a aucune responsabilité dans ce décès », tandis que Kada Sadouni, avocat de Safine, assure que les scènes de maltraitance étaient « issues d’un script » avec « toutes les parties consentantes ».

D’un autre côté, un spécialiste des nouvelles technologies rappelle qu’il « est illégal de faire du mal à quelqu’un, même s’il est volontaire ». Cette affaire met en lumière les dérives possibles du streaming et la nécessité d’un encadrement plus strict. Les voisins du local de Contes témoignent que gendarmes et pompiers étaient régulièrement appelés par des spectateurs inquiets, mais que cette fois « c’était très grave ».

Le décès tragique de Raphaël Graven marque un tournant dans la perception du streaming français et pose des questions essentielles sur les limites acceptables du divertissement en ligne.